L’arthrose du genou
Qu’est-ce que l’arthrose du genou ?
L’arthrose du genou est une chondropathie (chondro= cartilage, pathie=maladie) des surfaces articulaires du genou. Le nom scientifique de l'arthrose du genou est la gonarthrose.
Les conséquences de voisinage sont multiples :
- diminution de l’épaisseur cartilagineuse (pincement de l’interligne)
- production osseuse (ostéophytes)
- modifications du sous-sol osseux (zones de condensation alternant avec des zones de faiblesse appelées géodes)
Le cartilage étant un tissu vivant, ses capacités de remodelage peuvent suffire pour faire cicatriser des lésions débutantes, notamment chez les sujets jeunes. Néanmoins, à partir d’une certaine étendue (en surface et/ou en profondeur), et surtout à partir d’un certain âge, la maladie va évoluer vers une perte de plus en plus importante du stock cartilagineux, selon trois profils différents :
- aggravation lentement progressive sur plusieurs décennies
- perte de la totalité du cartilage en seulement quelques mois(on parle alors d’arthrose destructrice rapide)
- forme intermédiaire où apparaissent au sein d’une maladie lentement progressive des poussées de chondrolyse (lyse=destruction), correspondant à des pertes brutales de cartilage.
Dans les formes avancées, on assiste à une disparition complète de ce cartilage : dans ce cas, le contact articulaire se fait os contre os, responsable d’une impotence fonctionnelle généralement sévère.
Quelles sont les causes de l'arthrose du genou ?
L'arthrose du genou peut être primitive ou secondaire :
L'arthrose du genou primitive survient sans cause apparente, progressivement , passée la cinquantaine :
- on retrouve certains facteurs favorisants comme l’hérédité, l’obésité, le sexe féminin (2% des hommes pour 6% des femmes à partir de 60 ans), le surmenage sportif ou une anomalie des axes entre le fémur et le tibia (genu varum ou genu valgum) ou entre le fémur et la rotule (dysplasie fémoro-patellaire)
L'arthrose du genou secondaire survient souvent après un traumatisme et peuvent toucher des adultes plus jeunes :
- sont régulièrement source de dégradation cartilagineuse les séquelles de fractures touchant le genou (intéressant le fémur, le tibia ou la rotule, surtout si celles-ci se situent en zone articulaire donc cartilagineuse), l’instabilité chronique du genou (la plupart du temps par rupture du ligament croisé antérieur) ou l’ablation d’un ménisque (principal amortisseur du genou).
- d’autres causes plus rares existent : atteinte de la membrane synoviale (tapissant l’articulation) par un processus infectieux (séquelles d’arthrite septique), inflammatoire (maladies inflammatoires chroniques comme la polyarthrite rhumatoïde), micro-cristallin (dépôts de cristaux comme dans la goutte ou surtout la chondrocalcinose articulaire), vasculaire (ostéochondrite de l’enfance, ostéonécrose chez l’adulte), métabolique (hémophilie, hémochromatose, maladie de Wilson)…
Existe-t-il différentes formes d’arthrose du genou ?
Oui, en fonction du profil évolutif de l’usure (lente, rapide ou marquée par des phases brutales de chondrolyse) et surtout en fonction de la localisation de l’atteinte :
- atteinte d’un seul compartiment (fémoro-tibial ou fémoro-patellaire)
- atteinte de deux voire des trois compartiments
Existe-t-il des formes d'arthrose du genou plus graves que d’autres ?
Oui, et pour deux raisons :
- d’abord parce qu’elles n’évoluent pas toutes de la même manière dans le temps
- parce que les symptômes et le retentissement fonctionnel seront souvent différents en fonction de la localisation de la dégradation cartilagineuse. Ainsi :
- l’arthrose fémoro-patellaire est longtemps bien supportée (voire syndrome rotulien ou fémoro-patellaire)
- l’arthrose fémoro-tibale externe est souvent plus importante sur la radio que dans les faits
- à l’inverse, une arthrose fémoro-tibiale interne évoluant sur un mode congestif (épanchement chronique avec poussées aigues) peut rapidement dépasser le traitement médical et aboutir à une usure rapide en l’absence de prise en charge chirurgicale.
Comment se présente l'arthrose du genou ?
La douleur :
c’est le premier symptôme au cours de l'arthrose du genou. D’abord lointaine, en fin de journée, après des efforts articulaires, elle peut devenir permanente, résistante au traitement médical et avoir un retentissement sur le périmètre de marche. Son siège est variable en fonction de la localisation de l’atteinte.
L’épanchement :
non systématique, il fait enfler le genou au dessus de la rotule ou parfois derrière dans le creux poplité. Il s’explique par la réaction de la membrane synoviale aux débris cartilagineux, afin de les éliminer sous forme de petites molécules dans les urines via la circulation sanguine. Il se compose d’un liquide visqueux et jaunâtre, aseptique, qui va créer une hyperpression et accentuer les douleurs.
La déformation :
présente uniquement dans les arthroses évoluées, la déformation du membre inférieur est le troisième symptôme de l'arthrose du genou et correspond au début à l’usure cartilagineuse (en varus ou en valgus) puis tardivement à la faillite ligamentaire due à cette déformation.
- Elle est souvent spectaculaire dans le plan frontal : genu varum (attitude Lucky luke) ou genu valgum (attitude Bécassine) parfois impressionnant.
- En fait, elle est surtout invalidante dans le plan sagittal (raideur en flexion ou flessum).
L’instabilité :
La fin de parcours de l'arthrose du genou ! Consécutive à l’usure et à la déformation du membre inférieur, cette instabilité peut progressivement empêcher le patient de marcher normalement et l’obliger à utiliser des cannes.
Une lésion du ménisque peut-elle être associée à de l’arthrose ?
Bien évidemment ! Et malheureusement on ne parle que de ce fameux ménisque que l’on trouvera malade sur 100 % des IRM au cours de l'arthrose du genou.
Il faut néanmoins savoir que ces images ne sont que la conséquence de l’arthrose et non pas la cause des douleurs : chez le sujet jeune, le ménisque peut être responsable de la symptomatologie s’il est abîmé à la faveur d’un événement traumatique (grande flexion ou accroupissement malheureux). Chez l’adulte plus mur, la lésion méniscale (appelée dégénérative), n’est que " l’épiphénomène " de l'arthrose du genou. La plupart du temps, les lésions du ménisque arthrosique sont stables, sans fragment mobile et ne sont pas responsables des symptomes. Très rarement, une languette peut se détacher, rentrer en conflit avec les condyles fémoraux, entraînant alors des accrochages voire des blocages (soulagés par une régularisation sous arthroscopie).
Raison pour laquelle les " lavages " ou les " arthroscopies " sont rarement efficaces à long terme dans le traitement de l'arthrose du genou. Elles peuvent même être délétères : le ménisque ne doit plus être enlevé comme il y a quelques dizaines d’années : il faut préserver le capital méniscal !
Comment évaluer l’état de l’articulation du genou ?
L’examen clinique reste indispensable afin de quantifier l’usure, de déterminer ses conséquences mais aussi de dépister des problèmes de hanche ou de rachis qui parfois peuvent se présenter par des douleurs de genou.
Le bilan radiographique permet de confirmer le diagnostic, de simples clichés de face et de profil permettant de choisir une option thérapeutique. IRM et Scanner sont la plupart du temps superflus et les informations qu’ils délivrent sont moins pertinentes pour le chirurgien que des clichés en appui couplé à une mesure des axes du squelette des membres inférieurs (goniométrie ou " grands axes ").
Quels sont les différents traitements médicaux de l'arthrose du genou ?
Le traitement de l'arthrose du genou est d’abord médical et si besoin chirurgical.
Prenez-vous en main et participez à votre traitement !
Vous pouvez vous aider et améliorer votre qualité de vie avec des mesures assez simples, ce qui permet souvent de diminuer la consommation de médicaments :
Quels sont les différents types d’intervention en cas d'arthrose du genou ?
Lorsque les mesures médicales ne suffisent plus, il faut envisager un geste chirurgical. En fonction des situations, plusieurs interventions peuvent être proposées :
Le lavage articulaire :
L’irrigation du genou au sérum physiologique est une méthode employée depuis de nombreuses années, surtout en milieu rhumatologique. Elle est plutôt réservée aux arthroses peu évoluées. Elle permet de vidanger les débris de cartilage et les enzymes de dégradation de la matrice cartilagineuse produites par la membrane synoviale. Le soulagement est généralement temporaire mais peut parfois permettre de passer un cap sur une arthrose du genou se manifestant par des épanchements à répétition.
L’arthroscopie :
Il s’agit de la version " chirurgicale " du lavage articulaire. En plus de celui-ci , le chirurgien peut procéder à une régularisation cartilagineuse ou méniscale, qui en fait est rarement indiquée, raison pour laquelle cette méthode, probablement trop employée ces dernières années, doit voir ses indications réduites.
En tout état de cause, il faut préserver le ménisque et ne pas lui attribuer tous les maux dans l'arthrose du genou.
La greffe de cartilage :
A l’heure actuelle, il n’existe aucune indication de greffe cartilagineuse dans l’arthrose du genou car on a affaire à une usure globale du cartilage. Les seules indications des ces greffes concernent les pertes de substance localisées (après un traumatisme ou après une ostéochondrite).
L’ostéotomie :
Contrôle pré-opératoire nécessaire (examen clinique, bilan radiographique) de la réductibilité du tiroir postérieur
Il s’agit d’une correction de l’axe du membre inférieur, de façon à mieux répartir le poids du corps sur les différentes parties du genou.
Elle existe au niveau du tibia (cas le plus fréquent) ou au niveau du fémur. Elle impose un geste osseux et explique donc des suites opératoires parfois longues (attente de la consolidation). Son grand intérêt est d’être une intervention conservatrice (on ne touche pas aux surfaces articulaires) et de donner des résultats durables.
Ainsi, l’ostéotomie tibiale de valgisation (cas le plus fréquent de l’arthrose fémoro-tibiale interne sur genu varum donne d’excellents résultats (80 % des patients améliorés à plus de 10 ans de recul).
Des facteurs de mauvais résultat existent néanmoins :
- usure du compartiment opposé à la déformation (exemple: chondropathie externe sur arthrose interne et déformation en genu varum)
- usure de l’articulation fémoro-patellaire
- instabilité chronique du genou
- insuffisance ligamentaire due à l’ancienneté de l’usure et de la déformation
- raideur du genou (surtout si flessum)
- grand âge
Télécharger la fiche d'information concernant l'ostéotomie tibiale
La prothèse articulaire :
L’existence de plusieurs de ces facteurs fera préférer un traitement radical (c’est à dire une prothèse) ,en choisissant en fonction des cas une prothèse partielle (prothèse uni-compartimentaire ou PUC) ou une prothèse totale (prothèse la moins contrainte possible, le choix étant dicté par la déformation et la qualité des ligaments).
La prothèse articulaire de genou constitue un énorme progrès en chirurgie orthopédique, néanmoins les bons résultats obtenus sont encore inférieurs à ceux obtenus lors du remplacement de la hanche, même si pour la plupart des patients, le remplacement de l’articulation va permettre de soulager les douleurs, redonner une mobilité et faire disparaître la boiterie, ce qui au total améliore la qualité de vie.
Télécharger la fiche d'information concernant les prothèses de genou
Conclusions
Le traitement de l'arthrose du genou est souvent un parcours de longue haleine car la maladie peut débuter tôt (cas des arthroses après un traumatisme) et l’espérance de vie augmente régulièrement.
De nombreuses traitements existent, ce qui impose un suivi clinique et radiologique régulier de manière à proposer la meilleure option au meilleur moment en fonction de l’évolution de la maladie.