L’épaule douloureuse est parmi les motifs les plus fréquents de consultation en pratique orthopédique ou rhumatologique
Si l'on exclut tout ce qui est en rapport avec un traumatisme récent (fracture, luxation...), on retrouvera le plus souvent une atteinte périarticulaire (ancienne" périarthrite "), ce qui place au premier rang la pathologie de la coiffe des rotateurs et la capsulite rétractile
Néanmoins, comme les autres articulations, l’épaule peut être le siège d’arthrite, d’arthrose et d’autres pathologies articulaires ou osseuses, voire de douleurs projetées (d'organes de voisinage)
L'étape diagnostique est donc fondamentale puisque la guérison en dépend, ce d'autant que l'épaule a la réputation d'être susceptible aux traitements inadaptés ou mal conduits : les caractéristiques de la douleur, l'étude des mobilités passives et actives, l'existence de preuves d'instabilité ou de souffrance tendineuse et musculaire, de même que la présence de signes variés (tuméfaction, fièvre, autres articulations touchées, atteinte neurologique) orienteront le praticien face à vôtre problème. parfois, d'autres examens seront nécessaires (radiographies ou imagerie plus sophistiquée, prise de sang, électromyogramme...)
Dans la grande majorité des cas, 4 tableaux cliniques distincts orientent le praticien vers les différents diagnostics étiologiques :
C’est une pathologie très fréquente car la voute acromio-coracoïdienne est rigide et agressive (en particulier le bord externe du ligament acromio-coracoïdien), le tendon du sus-épineux se retrouvant souvent coincé entre la tête humérale et le ligament acromio-coracoïdien lors de l’abduction ou de l’élévation du bras (" Impingement syndrom " de Neer). Des microtraumatismes répétés peuvent être responsable de cette atteinte (de nombreuses activités, professionnelles ou sportives, la favorisent), même si l'on sait que naturellement, les tendons se dégradent avec l'âge (baisse de la vascularisation dès la quarantaine). Les muscles le plus souvent atteints sont le sus-épineux et le long biceps. Il faut distinguer les tendinopathies (inflammation du tendon) , qui peuvent être calcifiantes ou non et les ruptures tendineuses, qui peuvent être partielles ou complètes (transfixiantes). Le plus souvent, il s'agit d'un patient autour de la cinquantaine qui se plaint de douleurs sourdes de l’épaule, de topographie imprécise, lors de la mobilisation. La douleur est souvent nocturne et peut réveiller la nuit (cf la pathologie dégénérative de la coiffe des rotateurs)
Cette affection, appelée aussi " épaule gelée " est la conséquence d’une algodystrophie réflexe sympathique, qui peut atteindre l’ensemble du membre supérieur (syndrome " épaule-main "), mais reste souvent limitée à l’épaule. Elle peut compliquer une quelconque des atteintes dégénératives de l’épaule mais aussi les traumatismes, les affections coronariennes cardiaques, les affections chroniques pulmonaires, le diabète, les accidents vasculaires cérébraux, les prises médicamenteuses (barbituriques, rifampicine ...)
La capsule articulaire s’épaissit, devient inextensible, adhérente à la tête humérale et les mobilités sont effondrées. Le traitement est long et délicat, les séquelles fréquentes (cf capsulite rétractile)
L’articulation acromio-claviculaire est souvent le siège d’arthrose, car elle est sollicitée à chaque élévation du bras au-dessus du plan de l’épaule. Cette atteinte arthrosique est souvent associée aux lésions de la coiffe des rotateurs par la tuméfaction et l’ostéophytose (saillie osseuse) inférieure qu’elle peut entraîner. Parfois, il s'agit d'une séquelle de traumatisme (cf pathologie acromio-claviculaire)
Notamment s'il s'agit de séquelles de fractures, mais la plupart du temps il s'agit de problèmes d'instabilité qui peuvent être évidents (luxation récidivante..) ou parfois plus frustres (subluxations, épaule douloureuse pure par accidents d'instabilités passés inaperçus). D'autres lésions (bourrelet, SLAP, conflit postéro-supérieur du sportif de lancer) ont été récemment individualisées grâce aux progrès des techniques chirurgicales arthroscopiques. L'hyperlaxité peut être un terrain favorisant, expliquant ces atteintes en dehors de tout véritable traumatisme retrouvé à l'interrogatoire (cf instabilité antérieure de l'épaule)
Elles se rencontraient le plus souvent dans le cadres des ruptures massives négligées de la coiffe des rotateurs (omarthroses excentrées). Le traitement chirurgical précoce de ces ruptures actuellement fait que ces arthroses sont le plus souvent centrées et sans cause retrouvée (idiopathique). Parfois, il s'agit de séquelles de fractures ou d'interventions. dans d'autres cas, destruction conséquence d'un rhumatisme inflammatoire connu (cf arthrose de l'épaule)
L’articulation gléno-humérale, comme les autres articulations synoviales, peut être le siège de diverses arthropathies. La douleur est inflammatoire (la nuit, dérouillage matinal) et le contexte le plus souvent évocateur : arthrite inflammatoire dans le cadre d'un rhumatisme inflammatoires chronique (polyarthrite, spondylarthrite, rhumatisme psoriasique, maladie de Horton...), arthrite infectieuse (à germe banal après une infiltration..., tuberculose), arthrite microcristalline (dépôts de cristaux ressemblant à la "goutte" comme dans la chondrocalcinose articulaire de l'épaule ou l'épaule de Milwaukee)
La nécrose de la tête humérale se voit chez les patients dyslipidémiques, éthyliques ou après corticothérapie locale ou générale. Elle est beaucoup moins fréquente qu'au niveau de la hanche
La douleur d'épaule en rapport avec une arthropathie neurologique de l’épaule est souvent secondaire à une syringomyélie. Il s’agit d’une arthropathie destructrice indolore ou peu douloureuse et le patient est alerté par la diminution de mobilité et la gêne fonctionnelle.
D'autres atteintes non destructrices de l'articulation existent et constituent un ensemble très hétérogène qui n'est souvent pris en compte que tardivement devant une douleur d'épaule : il faut citer dans ce cadre :
Devant une douleur de l'épaule, la triade interrogatoire-examen clinique-radiographies est incontournable. il faut évoquer en premier lieu une atteinte de la coiffe des rotateurs ou une capsulite rétractile dont le traitement est difficile et surtout pas chirurgical (tout du moins à la phase aigue ou en l'absence de séquelles)
Il ne faut pas non plus négliger les autres diagnostics, souvent variés mais qui s'inscrivent dans un contexte le plus souvent évocateur