La coiffe des rotateurs est une chape tendineuse continue qui vient recouvrir la tête de l’humérus, doublant d’arrière en avant la capsule de l’articulation. Elle est formée de la réunion des tendons de quatre muscles courts et profonds qui s'attachent sur l'omoplate. Le plus antérieur est le sous-scapulaire, en continuité avec un muscle supérieur, le-sus épineux et deux muscles postérieurs, le sous-épineux et le petit rond. Tous vont s’insérer sur le sommet de l’humérus (le trochiter), en cheminant sous un rebord osseux issu de l’omoplate (l’acromion). On peut également citer le tendon du long biceps, qui pénètre dans l'articulation par la gouttière du long biceps et qui s'insère sur le bord supérieur de la glène, jouant un rôle de hauban stabilisateur.
Tous ces tendons adhèrent fermement à l’articulation et leur action concertée permet de maintenir fermement la tête de l’humérus en place dans la cavité glénoïde. Cette disposition anatomique permet deux choses : éviter l’instabilité de l’articulation, permettre un bon fonctionnement du deltoïde et avoir de la rotation externe. En cas de déficience de la coiffe des rotateurs et ce quel que soit son type, les conséquences seront donc l’apparition de conflits osseux (source de douleurs) et de faillite musculaire (source de perte d’amplitude et de perte de force).
Anciennement regroupées sous le terme flou et « fourre-tout » de "périarthrite scapulo-humérale", les lésions de la coiffe des rotateurs ont depuis une vingtaine d’années été étudiées, démembrées, notamment grâce à l’essor de l’arthroscopie (mini-caméra)
Auparavant, les traitements étaient surtout palliatifs et quasi-exclusivement du ressort des rhumatologues (infiltrations). La meilleure connaissance de ces lésions fait qu’il existe maintenant des solutions curatives (chirurgie et rééducation) avec des indications qui s’affinent et des résultats qui s’améliorent constamment.
A l’heure actuelle, il vaut donc mieux parler actuellement de tendinopathies de la coiffe ou de pathologie de la coiffe des rotateurs et même préciser exactement l’atteinte (conflit, tendinopathie calcifiante ou non, rupture partielle ou totale d’un ou de plusieurs tendons).
La pathologie de la coiffe des rotateurs est d'une fréquence élevée.
C'est habituellement le tendon du sus-épineux qui est le premier lésé, du fait de la tendance naturelle de la tête humérale à monter sous l'effet du deltoïde. Ainsi altéré, le fonctionnement harmonieux de la coiffe est déficient, ce qui a deux conséquences :
Cette usure de la coiffe peut être liées à divers facteurs qui sont souvent intriqués:
Le parallélisme entre les lésions anatomiques et les symptômes présentés étant souvent pris en défaut, il faut s’appuyer sur un examen clinique minutieux et des examens complémentaires adaptés pour trouver le bon diagnostic et choisir la bonne conduite. Au final, on parlera de :
Cliniquement, le tableau le plus fréquent est celui d’une épaule douloureuse sans atteinte de la mobilité active et/ou passive chez un travailleur manuel d’une cinquantaine d’années (douleur de l'épaule irradiant dans le cou et dans le bras, à recrudescence nocturne (insomniante), relativement calmée par le repos). Cette douleur augmente à l'effort, à l'élévation du bras au-dessus du plan des épaules ("accrochage douloureux" à l'élévation du bras entre 60 et 120° puis la douleur se calme au delà de 120°). Souvent, il existe une diminution de la force musculaire. Certaines formes cliniques sont caricaturales :
Cliniquement, plusieurs manœuvres permettent de se faire une idée assez précise de l'état de la coiffe des rotateurs.
On a recours à des tests reproduisant les conflits éventuels (Neer, Hawkins, Yocum) et d’autres testant les différents muscles de la coiffe (Jobe, Patte, Gerber, Gilcreest…)
L’examen est terminé par la mesure de la force musculaire (habituellement avec un poids attaché au poignet), par l’examen de l'articulation acromio-claviculaire et celui du rachis cervical.
Les examens d’imagerie viendront compléter le bilan :
Les radiographies simples sont fondamentales : elles dépisteront des calcifications dans l'espace sous acromial, une diminution de l'espace sous-acromial (normalement supérieur à 7mm), des signes indirects d'un conflit sous acromial (densification du trochiter ou de l'acromion, débord acromial excessif ou un acromion crochu, athrose acromio-claviculaire)
L’échographie est souvent utilisée comme examen de débrouillage
L’Arthro-scanner spiralé est actuellement, en France l'examen le plus utilisé pour quantifier le type de l’atteinte et préciser son importance
L’I.R.M. est un alternative moins invasive (aucune injection) mais apporte moins d’informations
La rupture de la coiffe des rotateurs de l'épaule se traduit par un "trou" au pôle supérieur de l'humérus, ce qui entraîne un dysfonctionnement de l'articulation de l'épaule.
Les conséquences sont une limitation des mobilités et des douleurs soit spontanée, soit à l'usage de l'articulation.
Le risque est une extension des lésions en avant, en arrière (avec atteinte « du » muscle le plus imortant le sous-épineux) et dans le plan frontal (rétraction des tendons). Progressivement, les muscles non fonctionnels puisque détachés de leur insertion vont s’infiltrer de graisse
A ce stade, l'excentration habituelle de la tête humérale (qui monte vers le haut) engendre une arthrose excentrée, dont il est décrit trois stades : conflit simple acromio-huméral, arthrose gléno-humérale sans destruction glénoïdienne osseuse, arthrose avec nouveau centrage de la tête et néo-glène.
Il existe plusieurs signes de gravité dans l’appréciation de l’atteinte de la coiffe :
Le traitement ne doit être envisagé que s'il existe une gêne fonctionnelle, or beaucoup de ruptures sont asymptomatiques, voire quasiment physiologiques passés 80 ans
Il faut d’abord calmer la douleur, par les antalgiques, les anti-inflammatoires, une éventuelle infiltration de corticoïdes (maximum 2 à 3) au mieux sous repérage radiologiques (contrairement aux idées reçues, il s’agit d’une procédure sans danger)
La rééducation est toujours indispensable. Elle a pour but d'atténuer les douleurs, d'assouplir l'épaule et de renforcer les muscles épargnés par la rupture. La kinésithérapie propose :
Nota Bene :
On ne doit pas avoir mal à l’épaule ou l’impression de « forcer ». La douleur sert de limite, qu’il faut atteindre voire dépasser légèrement sans insister.
Il s’agit d’un travail progressif, c’est à dire répété, fractionné et patient, visant à dépasser ses limites tout en les respectant.
En l’absence d’amélioration, le traitement chirurgical peut être indiqué. Il consiste :
Il s’agit d’une intervention chirurgicale effectuée au bloc opératoire de trois façons différentes :
De nombreux paramètres interviennent dans la décision et le type de geste proposé, les plus importants étant l’âge et la demande fonctionnelle du patient, le nombre de tendons atteints et/ou rompus, leur rétraction, l’atrophie et la dégénérescence musculaire mesurée sur le scanner et enfin la capacité du patient à participer à un programme de rééducation post-opératoire soutenu pendant plusieurs mois, en sachant qu’il faudra « consacrer » au moins 6 mois à son épaule pour un résultat définitif vers le 12 ème mois. Ce traitement chirurgical ne sera envisagé qu’en cas d’échec d’un traitement médical prolongé pendant 3 à 6 mois en sachant que :
Normalement, dès le lendemain de l'intervention, la douleur est contrôlée et votre sortie de la Clinique est envisagée (dès le lendemain en cas d'arthroscopie, le plus souvent après 72h d'hospitalisation s'il existe un abord conventionnel).
Vous pourrez regagner votre domicile, le membre supérieur étant maintenu immobilisé dans un appareillage spécialement conçu coude au corps pendant quelques jours à un mois suivant les cas.
La rééducation sera uniquement possible en pendulaire, sans contraction musculaire ni port de charge et sans travail actif.
Vous continuerez à prendre un traitement antalgique régulier et à refroidir régulièrement votre épaule à l'aide d'un pack de glace (cryothérapie). La peau doit rester néanmoins protégée par un tissu mince car le contact prolongé de la vessie de glace serait susceptible de la brûler.
La rééducation sera active au bout de la quatrième semaine après l'intervention et consistera d'abord en une récupération des différents secteurs de mobilité.
Cette rééducation doit être progressive et mesurée en fonction de l'amélioration des mouvements et surtout de l'absence de réapparition des douleurs.
Cette intervention a pour but d'améliorer la fonction de l'épaule en supprimant la douleur et en stoppant l'aggravation progressive des lésions. Elle permet également de récupérer une meilleure mobilité dans les différents secteurs même si le résultat est souvent plus net sur la douleur que sur la force et la mobilité.
Cependant, il est important de bien comprendre que la récupération complète est longue et que certains gestes nécessitant l'utilisation de la force pour les mouvements au-dessus de l'épaule seront définitivement déconseillés.
La reprise complète d'une activité de vie quotidienne normale ainsi qu'un travail sédentaire est possible environ deux mois après l'intervention mais les résultats définitifs seront jugés à 6 mois puis à 1 an.
Dans plus de 3/ 4 des cas, une arthroscopie sera pratiquée. Se reporter aux suites habituelles de cette technique (cf arthroscopie d'épaule).
Dans le cadre plus spécifique de la prise en charge des atteintes de la coiffe des rotateurs, on peut citer:
Considérations générales:
Rarement sauf choc violent. La plupart du temps, elle n’a en fait pas été obtenue par la réparation
Suivant l’intervention pratiquée. En moyenne, de une à trois nuits
Avec protection plastique dès le lendemain, sans à partir de 5/7 jours...
Suivant les conditions d' "hôtellerie" au domicile...
Une fois l’épaule libérée de l’écharpe et assouplie par le kinésithérapeute, donc de 3 à 6 semaines
Idem. A moduler bien sûr en fonction de l’activité exercée et des éventuels transports
Très variable suivant les cas rencontrés. Pour donner un ordre d'idées, si l'on donne un indice de 100 à une épaule "normale" (prenant en compte la douleur, la mobilité et la force), on peut estimer que le type d' épaule le plus fréquemment rencontré -rupture d'un tendon non rétracté avec conflit sous-acromial- se situe vers 40 avant l'intervention et vers 80 après. Ce n'est donc pas une épaule "oubliée"...mais moins douloureuse et plus forte