Dr. Yves Rouxel

Dr. Yves Rouxel

Chirurgie orthopĆ©dique et rĆ©paratrice — traumatologie du sport

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Chirurgie des prothĆØses mini-invasive

Le but d’une protheĢ€se articulaire est de remplacer une partie ou la totalité du cartilage usé de l’articulation responsable de douleurs, d’un enraidissement progressif et souvent d’une déformation.

Quelle que soit la cause de l’altération du cartilage, ces différentes atteintes (quand elles touchent le genou ou la hanche) vont retentir, aĢ€ la longue, sur les articulations adjacentes et sur la colonne vertébrale.

Les protheĢ€ses ont donc été inventées pour rompre ce cycle infernal et, depuis une cinquantaine d’années, ont révolutionné le traitement de l’arthrose invalidante, que ce soit au niveau de la hanche ou du genou.

Actuellement le nombre d’implantations ne cesse d’augmenter (dépassant les 100 000 par an en France) et, bien évidemment, également le nombre de reprises.

Concernant les protheĢ€ses, il existe de treĢ€s nombreux modeĢ€les (que ce soit au genou ou aĢ€ la hanche) qui ont été améliorés au fil des années concernant, aĢ€ la fois, la fixation, la résistance et l’usure et le concept biomécanique (c’est-aĢ€-dire la façon dont fonctionne la protheĢ€se pour imiter au mieux l’articulation native usée).

Classiquement, ces protheĢ€ses remplacent une grosse articulation située en profondeur, le tout entouré de muscles puissants.

Pour y accéder, différents chemins sont possibles mais classiquement tous passent aĢ€ travers des muscles qui, en conséquence, sont agressés, de meĢ‚me que les tissus de voisinage.

Au final : l’incision cutanée classique mesure de 20 aĢ€ 25cm.

Les bénéfices escomptés apreĢ€s l’intervention sont une disparition des douleurs ressenties avec la récupération d’une souplesse articulaire qui permet d’améliorer la fonction, que ce soit celle du genou, de la hanche ou de l’épaule.

Certains patients, au bout de quelques mois, oublient meĢ‚me qu’ils sont porteurs d’une protheĢ€se, menant une vie qui s’approche de la normale et pouvant meĢ‚me reprendre certaines activités sportives.

Ces résultats optimums sont plus souvent rencontrés apreĢ€s protheĢ€se de hanche qu’apreĢ€s protheĢ€se de genou car le genou est une articulation plus complexe dont la fonction est encore remplacée plus grossieĢ€rement aĢ€ l’heure actuelle par une protheĢ€se artificielle.

Enfin, certains patients ressentent de temps en temps une gêne, des douleurs ou certains craquements sans que, pour autant, cela constitue un handicap.

De façon plus exceptionnelle, une protheĢ€se articulaire peut rester douloureuse et/ou raide sans qu’une cause particulieĢ€re soit retrouvée apreĢ€s une pose parfaite et des radiographies sans défaut.

Dans certains cas, ces complications sont aĢ€ mettre sur le compte de la façon de poser la protheĢ€se (c’est-aĢ€-dire des conséquences de l’ouverture de la peau, des tissus mous et de l’abord des os et de l’articulation).

C’est pour cette raison que des progreĢ€s ont été menés depuis le début des années 2000 avec le concept de chirurgie prothétique mini-invasive. Les avantages espérés étant une diminution de l’agression des tissus.

Dans ce cadre, l’incision n’est pas seulement plus petite (de l’ordre de 8 aĢ€ 10cm) mais de façon plus profonde, les muscles ne sont pas sectionnés, de meĢ‚me que les tendons, pour aborder l’articulation, le passage se faisant de façon plus élaborée entre eux.

Bien évidemment l’exposition est moins confortable et nécessite de considérer l’ouverture cutanée comme une feneĢ‚tre qui peut eĢ‚tre mobilisable d’est en ouest et du nord au sud afin de respecter les criteĢ€res de pose de la protheĢ€se qui doit, bien évidemment, eĢ‚tre correctement positionnée. De nouveaux instruments facilitant la pose de la protheĢ€se en question ont également été inventés.

Avec ce type de méthodes, on bénéficie d’avantages qui sont alors multiples comme les moindres pertes sanguines, une récupération fonctionnelle plus rapide, une durée d’hospitalisation plus courte, un retour aĢ€ domicile plus fréquent, une rééducation facilitée, un taux de luxation diminué en ce qui concerne les protheĢ€ses de hanche, des douleurs moins importantes et donc une plus faible prise d’antalgiques, de moindres transfusions et une diminution du risque de phlébite graĢ‚ce aĢ€ une déambulation plus rapide.

Depuis 2005, de nombreuses publications prospectives et comparatives ont confirmé l’apport bénéfique de la chirurgie mini-invasive par rapport aux méthodes traditionnelles.

Ces nouvelles méthodes, désormais validées, s’adressent aĢ€ la plupart des patients (notamment aĢ‚gés et en surpoids) meĢ‚me si dans certaines situations il s’agit d’un véritable challenge.

Par contre, dans certains cas, la chirurgie mini-invasive n’est pas applicable, notamment pour traiter certaines malformations (surtout aĢ€ la hanche avec les dysplasies ou les luxations congénitales), certaines déformations (surtout au genou) et en cas de reprise chirurgicale sur des hanches ou des genoux déjaĢ€ opérés par une chirurgie conventionnelle.

Par ailleurs, cette chirurgie demande un apprentissage prudent et progressif pour un chirurgien qui doit eĢ‚tre habitué, d’une part, aĢ€ la chirurgie traditionnelle et, d’autre part, aĢ€ avoir un controĢ‚le visuel limité aĢ€ travers une incision étroite.

C’est tout l’intéreĢ‚t des méthodes précises concernant l’installation et l’exposition et l’apport de la planification préopératoire qui permettent au chirurgien de compenser ces contraintes afin de bénéficier des avantages de la chirurgie mini-invasive.

En conclusion : la chirurgie prothétique mini-invasive est une évolution logique et normale de la façon de poser les protheĢ€ses de genou et de hanche depuis une cinquantaine d’années et ce paralleĢ€lement aĢ€ l’amélioration des matériaux qui composent ces protheĢ€ses.

C’est une chirurgie exigeante mais gratifiante, aĢ€ la fois pour le chirurgien et le patient.

Elle permet de limiter toujours plus les séquelles éventuelles dues aĢ€ l’intervention et de bénéficier de tous les avantages de la protheĢ€se articulaire posée.

Dans la grande majorité des cas, elle permet de vivre normalement avec sa protheĢ€se si l’activité du patient est classique (aĢ€ l’exception des sports extreĢ‚mes).

Pour aller plus loin

Les techniques mini-invasives s’appliquent naturellement aĢ€ la mise en place des protheĢ€ses de hanche et de genou dont il faut rappeler le triple objectif :

Meilleur résultat fonctionnel possible

Minimum de complications

Longévité optimale (qui dépend surtout de l’implantation)

Les bénéfices aĢ€ espérer de ce type d’approche sont représentés par une diminution des douleurs post-opératoires et des pertes sanguines, une reprise d’activité plus rapide et de meilleures mobilités finales.

Le cas de la Prothèse Totale de Genou (PTG) :

L’ approche traditionnelle standardisée depuis 30 ans comporte une large arthrotomie (15 aĢ€ 25 cm) avec ouverture du livre du quadriceps sur 8/10 cm, retournement de la rotule, large libération ligamentaire et réalisation de l’intervention sur un genou fléchi aĢ€ plus de 100°, de façon aĢ€ bien visualiser les repeĢ€res anatomiques.

L’approche mini-invasive est toute autre: 8 aĢ€ 12 cm d’incision cutanée, respect du tendon quadricipital, pas de bascule de la rotule (c’est-aĢ€-dire les principes de la protheĢ€se unicompartimentaire ou …de la méniscectomie des années 1970….).

Le but n’est pas esthétique (quoique cet aspect soit non négligeable) mais bel et bien une réduction du traumatisme osseux, musculaire, ligamentaire et cutané.

Faisabilité :

Le pari est osé mais la technique réalisable si 2 principes sont respectés :

L’installation doit eĢ‚tre différente (incision = feneĢ‚tre aĢ€ mobiliser nord-sud / est-ouest) et l’essentiel de la préparation doit eĢ‚tre effectuée aĢ€ 45 / 90° de flexion, la rotule étant basculée en fin de procédure sur un genou en extension compleĢ€te

L’instrumentation utilisée est novatrice, comportant des guides plus courts et des blocs de coupes plus petits.

Avantages :

C’est donc cette meilleure récupération fonctionnelle qui impressionne en post-opératoire (deĢ€s le premier mois). Des données plus fines (étude des conséquences de l’implantation d’une PTG sur la conduite automobile) ont d’ailleurs été analysées récemment, montrant une réduction drastique du temps entre accélérateur et frein ainsi qu’une bien meilleure force appliquée sur celui-ci.

Deux autres avantages théoriques méritent d’eĢ‚tre cités :

Meilleur respect de la vascularisation (cutanée = belle cicatrice) et osseuse (respect de la rotule)

Limitation théorique du risque infectieux (surface opératoire exposée 4 fois moindre)

Indications :

95 % des gonarthroses….

Contre-indications :

Grosses déformations (varus/valgus, flessum) et terrain débilité (rhumatismes cortisonés, obésité, chirurgie de reprise)

Conclusions :

Cette technique différente nécessite une instrumentation spécifique désormais disponible et suppose un apprentissage, qui aĢ€ la lumieĢ€re de noĢ‚tre expérience, semble rapide.

Le respect strict des contre-indications est le garant de son succeĢ€s : dans ces cas, la chirurgie traditionnelle doit eĢ‚tre préférée et dans certains cas, le couplage avec la navigation par ordinateur apporte des solutions aĢ€ ces cas difficiles.

Le cas de la Prothèse Totale de Hanche (PTH) :

L’approche traditionnelle en France est un abord postérieur aĢ€ travers les muscles fessiers, sur 15 aĢ€ 25 cm avec section musculaire des muscles pelvi trochantériens (importants stabilisateurs de la hanche), ouverture de l’articulation (qui est profonde par en arrieĢ€re) et maintien de cette ouverture par des écarteurs de façon aĢ€ bien visualiser les repeĢ€res anatomiques. Le reproche principal que l’on peut faire aĢ€ ce type d’acceĢ€s aĢ€ la hanche est le risque de luxation post-opératoire de la protheĢ€se, expliqué par le passage aĢ€ travers les éléments qui stabilisent la hanche. Le corollaire est la lenteur de la récupération fonctionnelle avec une boiterie possible expliquée par le traumatisme des fessiers. Il s’agit néanmoins d’une voie d’abord fiable dans de bonnes mains (graĢ‚ce aĢ€ certains artifices techniques) et d’une voie suĢ‚re dans les cas de reprise chirurgicale.

L’approche antérieure est radicalement différente et comporte de nombreux avantages. Elle a été inventée et développée en France par les freĢ€res JUDET, n’a été popularisée que par leurs éleĢ€ves pendant des décennies et a meĢ‚me longtemps été ignorée des anglo-saxons qui semblent actuellement la découvrir, s’y intéresser, voire se l’approprier…C’est une voie d’abord plus difficile, qui comporte certains pieĢ€ges et nécessite l’emploi d’une table opératoire spéciale permettant de baisser le membre. Outre le fait qu’elle soit plus logique (la hanche est une articulation antérieure), la principale différence est le respect des muscles (on passe au travers sans en couper aucun), ce qui explique une meilleure récupération fonctionnelle et un faible risque de luxation post-opératoire de la protheĢ€se.

L’orientation mini-invasive est en pleine évaluation actuellement. Elle peut se faire par en arrieĢ€re (abord postérieur conventionnel réduit), par en avant (mais la voie d’abord antérieure est déjaĢ€ mini-invasive…) ou en combinant un petit abord postérieur et un petit abord antérieur (solution fortement « marquetéeĀ Ā» en 2004 par une équipe et un laboratoire anglo-saxon mais rapidement tombée en désuétude vu le nombre de complications). LaĢ€ encore, le but n’est pas esthétique (quoique cet aspect soit non négligeable) mais bel et bien une réduction du traumatisme osseux, musculaire et cutané, ce qui a comme conséquences des suites plus simples et une durée d’hospitalisation moindre. Pour notre part, nous sommes depuis longtemps convaincus du fait de notre formation de la supériorité de la voie d’abord antérieure (que l’on peut réduire graĢ‚ce aĢ€ certains artifices).

Faisabilité :

La technique est réalisable si 2 principes sont respectés :

L’installation est différente, nécessitant l’emploi d’un table orthopédique (qu’il faut savoir utiliser !), l’exposition étant différente lorsque travaille sur le cotyle ou sur le fémur.

L’instrumentation utilisée est novatrice, comportant des écarteurs spéciaux et des viseurs décalés, afin de mettre convenablement les pieĢ€ces prothétiques.

L’épargne sanguine est certaine et la baisse de l’EVA post-opératoire probable. Surtout, la récupération fonctionnelle étonne par sa rapidité avec une marche possible deĢ€s le lendemain de l’intervention, la pratique des escaliers deĢ€s la 48 eĢ€me heure le plus souvent expliquant une durée de séjour réduite (3 aĢ€ 5 jours).

Avantages :

C’est donc cette meilleure récupération fonctionnelle qui impressionne en post-opératoire (deĢ€s les premiers jours). Des données plus fines doivent faire l’objet prochainement d’une étude multicentrique en France. Comme pour le genou, citons le meilleur respect de la vascularisation (cutanée = belle cicatrice) et la limitation théorique du risque infectieux (surface opératoire exposée 4 fois moindre).

Inconvénients :

Meilleure exposition de la cotyle que du fémur, surtout chez le patient présentant un surpoids

Indications :

95 % des coxarthroses….

Contre-indications :

Grosses dysplasies de hanche (luxation congénitales) et terrain débilité (obésité +++, chirurgie de reprise avec geste prépondérant sur le fémur)

Conclusions :

La chirurgie prothétique est désormais ancienne. La version mini invasive est une technique différente qui nécessite une instrumentation spécifique désormais disponible et suppose un apprentissage. Certains cas restent difficiles et les approches traditionnelles demeurent la reĢ€gle.

Par contre, quand c’est possible (90% des cas), les bénéfices apportés sont remarquables et validés du fait de l’engouement depuis 15 ans pour ces techniques novatrices.

PrƩsentation aux Lilas en 2005

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